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3 septembre 2014 3 03 /09 /septembre /2014 20:45

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Le Bayle fait ripaille avant la défloraison de la pucelle

 

Pour continuer encore quelques explications, l'ensemble de cette commémoration se fait en patois local, traduite ensuite pour les touristes par l’un des participants. La langue de la vallée (le Royasque) est encore très bien représentée. Les gens ici sont trilingues (Français, Italiens, Patois local) et c'est sans aucun doute la vallée du Comté de Nice qui est resté la plus pure. La plus représentative de ce qu'était notre pays autrefois.... Tous les participants sont des gens du village.

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les notables réclament plus de vin et je peux vous dire que les bouteilles etaient bien remplies de pinard. 

 

Dans la première partie, je vous raconte le déroulement de l'histoire et dans la seconde, je vous présenterai les personnages qui ont fait cette histoire. La spectaculaire A STACADA qui se déroule à Breil sur Roya tous les quatre ans, le quatrième dimanche de juillet, n'est pas de caractère folklorique, comme les nombreux spectacles estivaux circonstanciels improvisés pour des besoins touristiques sur le littoral de la Riviera.

JUIN-2014-6271.JPGRaviole niçois à la daube de sanglier à 8h du mat


Il s'agit d'une tradition ancestrale que les Breillois organisent depuis longtemps et qui porte ce curieux nom d'A Stacada, venant du breillois " attacher, ligoter ". Elle est très certainement une des plus anciennes traditions du Comté de Nice. Le plus ancien document connu jusqu'à ces dernières années était une délibération municipale autorisant cette manifestation à la fin du XIX siècle..

JUIN-2014-6604.JPGles mercenaires Turcs partent chercher le Bayle et ses notables


Mais c'est seulement une dizaine d'années avant la fin du XX° siècle qu'un de nos compatriotes, effectuant des recherches historiques sur le passé de Breil, a découvert des documents qui l'ont conduit à penser qu'ils relataient, le fait fondateur de cette tradition ainsi que d'autres événements circonstanciels qui, au cours des siècles, l'ont transformée.

JUIN-2014-6444.JPGle Bayle et ses accolytes s'enfuient par dérriere


Il s'agit d'abord d'un parchemin du XII° siècle, puis de l'analyse d'un second parchemin faite par un éminent chartiste, ainsi que d'autres pièces d'archives des XVI, XVIII et XIXème siècles. Il est à peu près sûr maintenant que ces diverses pièces confirment les hypothèses faites sur l'origine du nom de la Place Rouge, improprement traduit en place Rousse, et que ce serait sûrement sur cet emplacement qu'aurai eu lieu la tragédie de la fin du XII° siècle.

JUIN-2014-6451.JPGla milice du Seigneur les pourchassent


Drame qui a donné naissance à une commémoration laquelle a été transformée et adaptée au cours des dix siècles suivants en fonction d'autres événements. C'est ainsi qu'avec le temps et les vicissitudes subies par le peuple de Breil, A STACADA est devenu le symbole de leur protestation contre toutes les formes de servitude.

JUIN-2014-6504.JPGle Bayle est capturé devant la gare de Breil


Toutefois, comme ils ne pouvaient l'exprimer qu'un seul jour par an sans crainte d'encourir les foudres de leurs édiles et des notables, les Breillois pouvaient manifester leurs griefs et ressentiments à l'encontre du comportement abusif de ces derniers, le lundi veille du Mardi-Gras. Ne pouvant cependant interdire cette journée de contestation ancestrale, le pouvoir local mis en cause à travers cette manifestation populaire en avait néanmoins réglementé l'exercice comme l'indique l'arrêté municipal du 7 février 1886 l'autorisant en ces termes: ".. Faire la Stacada dans la forme et suivant les usages locaux pratiqués jusqu'à ce jour".

JUIN-2014-6548.JPGOn met le Bayle sur un ane pour le ramener au village


Cet esprit contestataire était toujours présent une trentaine d'années plus tard puisqu'on le trouvait publiquement exprimé dans l'affiche éditée à l'occasion des festivités du carnaval de 1914 laquelle annonce pour le lundi 23 février: << L'Estaquada ... qui représente la Révolte des Serfs contre les Seigneurs du pays >>. On sait d'ailleurs grâce aux témoignages de vieux breillois aujourd'hui disparus, qu'au début du XX° siècle aucun bourgeois, même petit, ne daignait participer à cette manifestation jugée trop ‘‘populaire’’.

JUIN-2014-6616.JPGMais le Bayle et les notables parviennent à s'enfuir


Cependant, l'évolution des mœurs au cours du XX° siècle a remplacé la rigueur de l'exécution ancestrale en y apportant une touche de légèreté. Et c'est ainsi que pour continuer à maintenir l'esprit de cette tradition, depuis les reprises de 1947 et de 1960, les Breillois ont choisi comme symbole l'exercice du droit de cuissage, abusivement pratiqué par certains de leurs notables, en particulier les bayles représentants du souverain.

JUIN-2014-6624.JPGLes combats se poursuivent sur le lac asséché par EDF pour des travaux à l'usine électrique


Autrefois, quand A Stacada se déroulait la veille du mardi gras, les acteurs se réunissaient chaque fin de semaine, deux ou trois mois à l'avance, dans un local privé. Accompagnés par leurs épouses, ils répétaient les danses de l'après midi et en profitaient pour comploter. La représentation de cette tradition débute tôt le matin. Dès 6 heures 30, les fifres et les tambours, que dirige le Tambour major, parcourent les rues de Breil pour en réveiller les habitants. C'est l'appel à la révolte.

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Ces musiciens vont chercher l'Espailleur qui prend la tête des révoltés. Ensemble ils se rendent chez la Cantinière où ils se restaurent avant de rejoindre le peuple en effervescence. La cité gronde en effet après les événements de la veille, au cours desquels le Bayle a prétendu exercer le droit de cuissage sur une jeune fiancée.

JUIN-2014-6631.JPGSur le pont de la Roya  ou le lac retrouvera sa place à la fin de l'année


Le mouvement insurrectionnel se développe et des groupes de gens armés de piques, de fourches et de faux se dirigent vers la place de l'église où la Milice locale, alertée par le Bayle, les surveille. Inquiétés par le tumulte, le Bayle et quelques notables complices ont rapidement franchi le Pont Supérieur afin de prendre leurs distances avec les contestataires.

JUIN-2014-6643.JPGles juges exécutent la sentence


En attendant de voir la tournure que prendront les événements, ils ripaillent dans une maison de la " Coupéra " (Quartier des Tuileries). La situation semble en effet bloquée quand, heureuse coïncidence, retentit la trompette du Postillon venu en avant garde annoncer l'arrivée du Seigneur et de son escorte.

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Parvenu place de l'église, le Seigneur, qu'accompagnent le Couret et les Cavaliers Turcs, s'enquiert auprès du Capitaine de la Milice des causes des attroupements et de l'agitation qui règne dans le pays. Informé des prétentions du Bayle, il ordonne aux miliciens et à ses Cavaliers Turcs d'aller se saisir manu militari de son représentant local et de ses complices.

JUIN-2014-6698.JPGLe Bayle est cette fois ci bien attaché (A Stacada)


Miliciens et Turcs s'élancent aussitôt tandis que, sous la conduite du Seigneur, un cortège rassemblant Seigneur et révoltés se forme et se dirige vers la Coupéra. Le Couret, qui a donné son cheval à la Mariée qui devait être victime du lubrique Bayle, se place devant l'immense drapeau de la révolte confectionné à la hâte par les épouses des contestataires. Il y dansera et sautera tout le long du jour au rythme des airs spécifiques à la STACADA, joués par les fifres et les tambours.

JUIN-2014-6711.JPGbien gardé par la milice et les turcs


Le Bayle et ses acolytes, surpris en plein repas par l'arrivée des Miliciens et des Turcs, sautent par les fenêtres et prennent la fuite. Rattrapés, ils affrontent leurs poursuivants armes à la main. Le Couret, qui n'a pour arme que son bâton de pouvoir, s'oppose au Bayle armé d'un sabre et le vainc. C'est le symbole de la victoire du bien sur le mal.

JUIN-2014-6724.JPGla sentence des juges est terrible


Vaincus et capturés par les miliciens et les troupes du Seigneur, Bayle et notables sont conduits sur la place où, au roulement des tambours, l'Espailleur exécute la marche du sabre avant qu'ai lieu le premier jugement. Les Juges déchoient le Bayle et les Notables de leurs titres et les condamnent à être ramenés au village juchés sur des ânes. Mais alors que le cortège se reforme les condamnés, mal gardés, sautent de leurs montures et s'enfuient à toutes jambes.

JUIN-2014-6732.JPGle sabre du turc s'appréte à trancher la tete du Bayle


Après une succession d'incidents et d'affrontements, les fuyards sont rattrapés à la porte de Gênes où ont lieu les derniers duels. Encadrés et attachés avec des chaînes, d'où le nom de Stacada, le Bayle et ses acolytes sont conduits devant le Seigneur, le Couret, l'Espailleur et les Juges qui se trouvent maintenant sur la Place Rouge. Cette fois les jugements sont très sévères, les notables sont condamnés à de lourdes peines d'emprisonnement tandis que le Bayle doit être décapité.

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Ce dernier, la tête déjà posée sur le billot, supplie et implore le Seigneur lequel s'adresse alors à la foule et lui demande s'il doit faire grâce. Pas rancunier, le peuple de Breil acquiesce et le Seigneur accorde le pardon. Les Juges transforment alors les peines en condamnations humiliantes et dégradantes sous les huées et les applaudissements de la foule. C'est à ce moment que le Postillon alerte le Seigneur en lui signalant que des Barricades sont dressées dans les rues par des partisans des condamnés.

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Ce dernier harangue la Milice, sa garde Turque et le peuple qui l'accompagne et ordonne aux Bucherons-Charpentiers d'aller détruire ces obstacles afin de permettre le passage du cortège et celui du drapeau des révoltés Breillois, bannière qui, symboliquement, ne doit jamais s'abaisser. Après le démantèlement de la dernière barricade, tous les acteurs se retrouvent autour d’un pantagruélique repas suivi, l’après midi, des festivités de réconciliation.

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les bucherons: Giordano pére et fils 

 

Les épouses des Notables dansent alors avec les gens du peuple pendant que le Couret mène le bal et sépare les couples en effleurant leurs mains de son bâton de pouvoir. . De plus, l’enthousiasme de la fête se prolonge dans d’autres musiques et danses folkloriques du groupe " Ar Tanturoulet " et se clôture par la danse de la population sous l’animation d’un orchestre champêtre. Voilà comment, au cours des siècles, les Breillois ont transformé la commémoration d’une tragédie en journées de défoulement populaire.

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Molto grazie cara Didine Manzini pour l'hospitalité (j'ai pu prendre des photos de sa fenetre)

 

                                DIAPORAMA DE BREIL


  

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Published by BIKER06 - dans PROVENCE & PAYS NICOIS

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